Chaque décembre, c'est le même rituel. Spotify Wrapped débarque, et pendant 48 heures, tout le monde partage son "artiste de l'année" comme si c'était une déclaration d'identité. J'ai écouté Mitski 847 fois. Voilà qui je suis.
On trouve ça fascinant — et un peu étrange.
Pas parce que c'est faux. Ces chiffres sont réels. Mais parce qu'ils répondent à une question qu'on ne se posait pas vraiment : combien. Alors que la question intéressante, c'est plutôt pourquoi.
Les données disent ce qui s'est passé. Pas ce que ça voulait dire.
847 écoutes de Mitski, ok. Mais est-ce que c'était l'année où tout allait bien, ou justement l'année où rien n'allait ? Est-ce que tu mettais ça en fond pendant le boulot, ou est-ce que tu l'écoutais vraiment, casque sur les oreilles, à 23h ?
Ces deux scénarios produisent exactement le même chiffre dans ton Wrapped. Et pourtant, ils ne parlent pas du tout de la même chose.
On ne dit pas que Spotify devrait faire autrement — c'est un outil de streaming, pas un journal intime. Mais on se demande si on n'a pas pris l'habitude de confondre les deux.
Ce qu'on consomme dit quelque chose de nous. Ce qu'on en retient dit probablement encore plus.
La mémoire culturelle, c'est sélectif — et c'est bien comme ça.
Si tu penses à l'année qui vient de passer, tu ne te souviens pas de tout ce que t'as écouté. Tu te souviens d'un concert qui t'a retourné, d'une chanson qui passait exactement au bon moment, d'un album que tu as mis en boucle pendant une semaine et que tu n'as plus jamais réécouté.
Ces moments-là ne sont pas dans ton Wrapped. Ou alors ils sont noyés dans les chiffres.
Il y a quelque chose d'un peu frustrant là-dedans — et en même temps, c'est peut-être inévitable. La quantité est facile à mesurer. La résonance, beaucoup moins.
Ce qu'on essaie de faire avec Kulto, en tout honnêteté.
On ne va pas prétendre qu'on a résolu ce problème — on serait bien prétentieux. Mais l'idée derrière Kulto, c'est exactement ça : pas de compter ce que tu consommes, mais de garder une trace de ce qui t'a vraiment touché. Et surtout comment ça t'a touché.
Parce qu'un film "contemplatif" un lundi soir de février, ça ne dit pas la même chose qu'un film "contemplatif" le soir de ton anniversaire. Le contexte fait partie de l'expérience.
On est encore en train de comprendre ce que ça veut dire, vraiment. Mais on pense qu'il y a quelque chose là.
Et toi, tu te souviens de quoi, de cette année culturellement ? Pas les chiffres — les moments.