Ton profil culturel existe déjà. Tu ne le lis pas encore.

Chaque film vu, chaque album écouté, chaque livre posé en cours de route dit quelque chose sur toi. Le problème c'est que personne ne garde la trace.

Il y a quelques semaines, quelqu'un nous a posé une question simple : "Tu as vu combien de films cette année ?"

Silence.

Pas parce que la réponse était compliquée. Mais parce qu'on n'en savait vraiment rien. On avait regardé des choses, beaucoup, souvent le soir, parfois le week-end. Mais combien exactement, lesquels, dans quel ordre, avec quelle humeur derrière. Aucune idée.

Et pourtant tout ça s'est passé. Ça a laissé des traces quelque part, dans la mémoire, dans des conversations, dans des références qu'on place sans même y penser. Mais on n'en a aucune image claire.

On consomme. On n'archive pas.

C'est le truc bizarre avec la culture aujourd'hui. On en a plus accès que jamais. Les plateformes, les bibliothèques, Spotify, YouTube. On peut voir, lire, écouter presque n'importe quoi en quelques secondes.

Mais on ne garde rien.

Ou plutôt : on garde des impressions floues. "J'ai vu ce film, il était bien je crois." "J'ai lu ce livre il y a deux ans, j'avais aimé mais je me souviens plus de l'histoire." "Ce concert, c'était incroyable, mais je serais incapable de te dire pourquoi."

Les expériences passent. Ce qu'elles disent de nous reste flou.

Ce qu'on appelle un profil culturel

Ce n'est pas une liste de titres. Ce n'est pas un palmarès ou un top 10.

C'est plutôt la somme de ce qu'on a choisi de vivre culturellement, et de comment on l'a vécu. Les émotions qu'on a eues. Les catégories vers lesquelles on revient. Les périodes où on lit beaucoup et celles où on ne lit plus du tout. Les œuvres qu'on a abandonnées en cours de route, ce qui dit autant que celles qu'on a finies.

Tout ça forme quelque chose. Un portrait, pas parfait, pas définitif, mais réel.

Le problème c'est qu'on ne le regarde jamais parce qu'on ne l'écrit nulle part.

Ce qu'on rate quand on ne note rien

On ne réalise pas sur le moment. Mais avec le temps, des choses disparaissent.

On oublie qu'on avait adoré un auteur et on ne lit jamais son deuxième livre. On recommande un film à quelqu'un et on est incapable de lui dire ce qu'on avait trouvé fort dedans. On se retrouve à chercher "c'est quoi le film avec l'acteur... dans les années 90... t'sais" pendant dix minutes.

Mais au-delà de l'anecdote, il y a quelque chose de plus intéressant qu'on rate. La possibilité de se voir. Pas de se juger, juste de se voir. De remarquer qu'on est attiré par les mêmes thèmes depuis des années sans l'avoir conscientisé. Que certaines périodes de vie correspondent à des virages culturels nets. Que l'émotion qu'on recherche dans un concert n'est pas du tout la même que celle qu'on cherche dans un livre.

Ces choses-là, on ne les sait pas a priori. On les découvre en regardant l'ensemble.

Garder la trace, c'est pas être geek

On a l'impression que noter ce qu'on voit ou lit c'est un truc de cinéphile obsessionnel ou de lecteur maniaque. Que ça transforme quelque chose de spontané en performance.

On ne pense pas que c'est forcément ça.

Garder une trace, ça peut être très simple. Une ligne. Une émotion. Une date. Juste assez pour se souvenir que ça a existé, et de ce que ça avait provoqué.

Ce n'est pas pour les autres. C'est pour soi, dans six mois, dans trois ans, quand on voudra comprendre ce qu'on aimait à ce moment-là de sa vie.

Le profil, il est déjà là

C'est ce qu'on voulait dire avec ce titre un peu provocateur.

Tu as déjà un profil culturel. Il est dans ta tête, fragmenté, incomplet, mais il est là. Il se lit dans tes discussions, dans tes recommandations, dans tes blocages de lecture, dans les œuvres que tu reviens chercher quand ça ne va pas.

Le seul truc qui manque, c'est un endroit pour le poser. Pour en garder quelque chose de lisible.

Pas pour le montrer. Juste pour le voir.


C'est un peu pour ça qu'on a fait Kulto. Pas pour créer un profil culturel de zéro. Juste pour donner un endroit où celui qui existe déjà peut enfin s'écrire.